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    November 04

    Grandiose et extrême

    Tels sont les deux termes qui qualifieront le séjour que je viens de passer au Népal. Une expérience inoubliable d'abord entamée dans la capitale du pays, Kathmandu. Une ville classée malheureusement parmi les plus pauvres du monde. On le comprend vite au premier coup d'oeil. Une ambiance indescriptible pour nous, Occidentaux ; un tintamare de klaxons dans des rues défoncées, poussiéreuses, où tout n'est ni fait ni à faire, où règne la plus grande misère. Où se croisent les vieillards estropiés ou dévorés par la maladie, les enfants des rues qui sniffent des sacs de colle, des mères de famille qui règnent sur leur ribambelle d'enfants-mendiants...  Une grande claque dans la gueule pour nous, petits occidentaux qui nous lamentons trop facilement sur ce qui apparaît, dans ce contexte de déchéance, comme de vraies broutilles. Un "spectacle" qui fait rapidement relativiser nos tracas du quotidien, nos caprices, nos peurs et nos angoisses d'enfants gâtés.



    Puis ce fut la route vers la montagne, la très haute montagne. Destination Jiri, au Sud de la capitale, après 8 heures de bus chaotiques. Une autre dimension. La région du Solukhumbu, celle de l'ethnie Sherpa, ses paysages variant d'une vallée à l'autre, ses cultures en terrasses, ses convois de yaks et de porteurs qui vont ravitailler les villages d'altitude isolés à proximité de l'Everest. Des heures et des heures de marche seul avec soi-même, à contempler les différents 8000m qui montent très haut dans le ciel. Des monastères bouddhistes où règne une incroyable sérénité qui vous ébranle, dans la plénitude et la paix intérieure. Des centaines de sourires éclatants d'enfants sortant d'on ne sait où, des milliers de "Namasté"  (= bienvenue) prononcés gratuitement, simplement, sincèrement. Des soirées inoubliables dans des lodges d'altitude où l'eau chaude n'existe pas, ni l'électricité ; des refuges sommaires approvisionnés par ces incroyables porteurs sherpas, qui portent jusqu'à 80kg sur leur dos, et qui vous doublent presque en sifflotant sur les impitoyables chemins abrupts, seule voie de communication et de transport dans la zone que nous avons arpentée. Tout cela sans dire un mot, sans se plaindre, en acceptant cette destinée. Une vraie leçon de vie et de courage.



    De mon côté, je serai vraiment allé cherché au fond de moi pour vaincre le tracé dantesque que j'ai dû suivre pour assurer mon reportage. Au final, 296 km parcourus à pied en 13 étapes, 15 500 mètres de dénivelée positive et autant de dénivelée négative. Des moments d'angoisse à un passage à 4200M lorsque le battement du coeur s'affole dans les tempes et menace de faire exploser la "marmite". La magie de l'acclimatation fait le reste. L'organisme encaisse, digère, puis s'adapte. Le lendemain, on se prend à virevolter à 4500m d'altitude, comme si les douleurs et le souffle court de la veille n'étaient plus que de mauvais souvenirs. Mes petites fiertés : avoir tenu le coup tout au long de ce parcours malgré une entorse à la cheville et une "tourista" qui me fera passer deux dernières étapes (dont une de 30km) de calvaire, et avoir monté ma carcasse toujours plus frêle sous l'effet de l'altitude et des efforts jusqu'à 5550m d'altitude, au niveau du Kalah Pattar, en face de l'Everest, ou encore avoir vaincu la terrible ascension du Cho La Pass (5300m). Une expérience enrichissante et éreintante, au coeur de l'Himalaya, au sein d'un groupe hétéroclite où se sont forgées au fil des jours de nouvelles amitiés, le long du chemin... Merci à Dawa et Annie de m'avoir permis de vivre cette aventure, et à Denis, Yann, Jack, Pasang, Sylvie, Sandra de l'avoir éclairée d'éclats de rire et de franche camaraderie...

    PS : plein de photos dans l'album en bas de page....